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      On continue à se raconter des mensonges

      On continue à se raconter des mensonges

      Jacques Attali est un pessimiste, parce que la crise provient d’un excès d’optimisme. Dans son débat avec le Premier ministre Jean-Claude Juncker, l’ancien conseiller spécial de François Mitterand était très critique envers les actions des gouvernements. Jean-Claude Juncker pour sa part a dit que les mesures prises par l’Europe étaient bonnes, mais en retard sur les nécessités qui se faisaient sentir.

      Les mesures prises par l’Europe sont efficaces, si deux conditions sont remplies, dit Jean-Claude Juncker durant son débat lors du Luxembourg Financial Forum avec Jacques Attali. « Les mesures sont suffisantes, si les marchés les comprennent, ce qui n’est pas encore tout à fait le cas et si les pays concernées prennent au sérieux les conditionnalités prises ».

      Jacques Attali rétorque que rien n’a été résolu. « Nous avons une globalisation des marchés face à une globalisation des règles des marchés ». Il va même plus loin en parlant d’une somalisation des règles de droit, car pour Jacques Attali, la Somalie est le seul pays au monde à ne pas disposer de règles de droit.

      Le Président de PlaNet Finance ajoute que « jouer au casino, c’est scandaleux, mais si on ne l’interdit pas, pourquoi ne pas le faire ? »

      Jean-Claude Juncker, partageant l’avis de Jacques Attali que les marchés réagissent plus vite que les gouvernements, fait une nuance. « Je critique beaucoup que l’Europe ait réagi avec retard sur l’agenda face à la crise grecque. Nous n’avons pas réagi au bon moment, mais au dernier moment ».

      Dans les années 90, Jean-Claude Juncker, Philippe Maystadt et Pierre Bérégovoy étaient les seuls ministres des Finances à demander une gouvernance économique.

      Le Premier ministre Juncker déplore lors de son débat avec Attali que l’Europe n’ait toujours pas réussi à faire l’intersection entre l’intérêt communautaire et les actions qui sont du ressort des gouvernements nationaux.

      Il critique violemment les experts des marchés qui ne sont jamais d’accord avec les actions décidées par les gouvernements. Soit ils critiquent que les décideurs politiques étouffent la croissance, soit ils craignent que les dettes publiques explosent. Le Premier ministre Juncker demande qu’ils adoptent une rationalité de comportement.

      Jacques Attali enchaine : » Les pays qui sont face à une dette, sont toujours optimistes », ce qui n’est pas en ligne avec sa nature pessimiste. Et il continue : « La dette n’est pas un facteur de croissance, elle empêche la croissance»-

      Autre point qui préoccupe Attali, c’est que les marchés réagissent de plus en plus vite et que les gouvernements peinent à suivre. « C’est une bataille qui devient de plus en plus inégale ».

      Jean-Claude Juncker rappelle à l’audience présent au Luxembourg Financial Forumque dans les années 90 il avait proposé l’introduction des eurobonds, un projet qui à l’époque n’avait pas trouvé de majorité parmi les ministres européens des Finances.

      Le Premier ministre Jean-Claude Juncker revient à la charge. « Les eurobonds seraient toujours la bonne réponse face à cette crise, car ici la solidarité des Européens joue ».

      Pour répondre plus efficacement aux crises, Jacques Attali plaide pour un organe judicaire indépendant des gouvernements qui sanctionnerait les pays qui ne respecteraient pas les règles du jeu. « Le drame du pacte de stabilité, c’est que personne ne l’a lu, sauf ceux qui l’ont écrit ».

      Attali ajoute qu’il faut en venir avec l’hypocrisie. « Le rôle des hommes politiques c’est de dire la vérité, toute la vérité sur la réalité des dettes. On continue à se raconter des mensonges ».

      L’ancien conseiller spécial du Président français François Mitterand est pour un gouvernement mondial, mais regrette que jusqu`à présent le G20 n’ait servi à rien.

      Le Premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker est en faveur d’un retour de la règle. « S’il n’y a pas de règles, il y a dérapages. Mais il faut que ces règles soient internationales et globales ».

      En guise de conclusion, Juncker souhaite un système financier qui serait plus au service de l’économie et des entreprises.

       

      www.financialforum.lu