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      Montrez-moi votre passeport!

      Montrez-moi votre passeport!

      La transposition de la directive Alternative Investment Fund Managers (AIFM) constitue un défi majeur pour l’industrie des fonds. Quel est l’impact de la  précipitation réglementaire de l’Europe et quelle sera la réaction des investisseurs institutionnels à l'AIFMD? Dans une interview accordée à LFF, Marc Saluzzi, président de l’association luxembourgeoise des fonds d’investissment (ALFI) évoque les défis autour de cette directive et tire un bilan de la mission financière en Asie.

      Quel est le bilan de l’ALFI de la mission en Asie?

      Je crois que c’est un bilan très positif puisque dans les trois villes que nous avons visitées, nous avons attiré la foule. Je dirais que la surprise vient de Kuala Lumpur où dans le passé nous n'attirions pas plus de quelque dizaines d’intéressés. Le fait d’avoir pu nous intégrer dans une événement local sur la finance islamique nous a clairement permis d’attirer beaucoup plus de gens.

      Quelles sont les attentes des clients dans ces trois centres financiers?

      Singapour dispose d’une économie tournée vers l’export y compris au niveau de son secteur financier, donc c’est un hub qui a pour vocation de servir les clients asiatiques alors que Shanghai est un centre financier servant essentiellement le marché domestique. Il travaille sur une devise qui n’est pas encore convertible aujourd’hui et qui limite donc ses ambitions à l'international. Kuala Lumpur est un peu à la croisée de ces deux chemins, ayant choisi comme axe de développement la finance islamique. Son ambition est de devenir dans tous les métiers un hub dans ce domaine.

      Quel rôle les produits et services luxembourgeois jouent-ils en Asie?

      Luxembourg peut offrir différentes choses à l’Asie. Parlons d’abord des produits. Dans tous les domaines, nous avons des produits qui sont intéressants pour la clientèle asiatique. Ceux qu’ils connaissent le mieux, sont les fonds UCITS. Mais nous voyons également un grand intérêt pour nos produits private banking et notre ingéniérie financière. En outre, nous pouvons offrir l’expertise dans tous les métiers de la finance dans lesquels le Luxembourg s’est concentré ces dernières années, comme la banque privée, l’administration des fonds d’investissement, la banque de dépôt, la gestion du risque, les prêts internationaux ou l'assurance, bref toute cette expertise qui fait la spécificité du Luxembourg. La troisième chose que le Luxembourg peut offrir à l’Asie, c’est une porte d’entrée vers l’Europe et ses investisseurs.

      Les fonds UCITS ont été un succès pour le Luxembourg. Ce coup peut-il être répété avec la directive AIFM?

      C’est encore trop tôt pour le dire. La raison en est que l’industrie de la gestion alternative s’est développée d’une façon non réglementée ces 20 à 30 dernières années. Il est clair que l’ajustement à AIFMD va être compliqué à réaliser pour l’industrie alternative: passer d’un modèle non réglementé à un modèle totalement réglementé qui dans certains de ses aspects va plus loin de ce que nous avons dans UCITS aujourd’hui, est clairement un ajustement qui est extrêmement important.

      AIFM, une aubaine ou un danger pour l’Europe?

      L’Europe, dans la mesure où elle à pris de l’avance dans ce domaine et va beaucoup plus loin que de ce qui est annoncé aux Etats-Unis et de ce qui pourrait se passer en Asie, pourrait souffrir d’un désavantage compétitif provoquant ainsi l’exode d’un certain nombre de gestionnaires et d’un certain nombre de leurs produits vers des cieux un peu plus cléments. L’aspect qui pourrait jouer en faveur d'AIFMD, c’est la position des investisseurs institutionnels qui dans le passé n’avaient pas véritablement de choix entre un modèle réglementé et un modèle non réglementé. Vont-ils continuer à se focaliser sur des produits non réglementés pour éviter le coût de compliance que les gestionnaires de fonds ne manqueront pas de leur passer ou alors, étant donné l’environnement dans lequel on est aujourd’hui, vont-ils exiger des gestionnaires des produits réglementés? Le feedback collecté durant nos différents roadshows cette année nous indique que la messe n’est pas dite.

      Quel est le rôle du passeport?

      L'idée derrière AIFMD était de réglementer la gestion alternative européenne en contre partie d'un passeport pour les gestionnaires et leurs produits. Aujourd’hui les avis sont très partagés sur l’impact bénéfique ou neutre d’un tel passeport européen dans le domaine de la gestion alternative. Si le passeport fonctionne très bien pour les AIFM, les gestionnaires pourraient accompagner l’envie naissante des investisseurs institutionnels à consommer du produit réglementé simplement pour profiter de cet impact bénéfique. Si par contre le passeport ne fonctionne pas parce qu’il n’a pas une grande utilité dans le cadre d’une distribution institutionnelle, convaincre les gestionnaires d'opérer dans le cadre d'AIFMD sera plus difficile. 

      Interview: CW